AlannaRockefellerInformations Salut Ă  toi, je m'appelle Alanna Olivia Rockefeller mais tout le monde me surnomme - et je suis nĂ©(e) Vousn’aurez besoin que d’un drap ! 1. Costume de fantĂŽme. C’est certainement le dĂ©guisement le plus simple et le plus efficace quand vous vous ĂȘtes pris Ă  la derniĂšre minute et vous n’avez rien de prĂȘt. Pour faire ce costume, il suffit d’un drap ou d’un grand morceau de tissu blanc. Pliez un drap en deux et coupez-le Ă  votre hauteur. Ensuite, marquez deux points oĂč Trouvezles parfaites illustrations spĂ©ciales FantĂŽme Drap Blanc sur Getty Images. Choisissez parmi des images premium FantĂŽme Drap Blanc de qualitĂ©. 2x noirs piĂšces de tissu (ceux-ci gardent les visages noirs) 2 x Clips ou goupilles Ă©troits (utilisĂ©s pour la botte de certaines zones) x autant de cartons que vous souhaitez restaurer une partie Ă©paules et faire quelques armes. Et pour l’attacher tous ensemble. 1 x bande de rouler des grĂ©ements (vous pouvez Ă©galement utiliser ducktape) Elleengouffra sa tĂȘte dans la terre jusqu'Ă  la tombe ou elle vit une personne agĂ© Ă  la machoir dans un Ă©tat terrible. Elle tressaillit et ressortit la tĂȘte de cette horreur humaine. Elle n'avait vue nul personne depuis bien longtemps, mĂȘme les petits mangemort se cachait de Marjo. Elle se mit Ă  chanter une complainte q ui ressemblait plutĂŽt Ă  une lente langonie d'une Dansle spiritisme, la foi ne suffit pas. Il faut apporter une preuve matĂ©rielle de l'existence des revenants des fantĂŽmes et de cette thĂ©orie de la survie de l'Ăąme aprĂšs la mort. l'image du fantĂŽme drapĂ© euh, d'un drap blanc qui dĂ©ambule typiquement dans un manoir Ă©videmment hantĂ© euh, c'est quelque chose qu'on retrouve depuis des siĂšcles. . 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À son retour, une figure se tient debout dans l’escalier. Elle porte une robe bleue et reste immobile en regardant le mur. AprĂšs quelques secondes, cette figure cesse d’ĂȘtre immobile et commence Ă  monter l’escalier lentement. Le Secret de la chambre noire, Kiyoshi Kurosawa, 2016. Photogramme. Il s’agit du film Le Secret de la chambre noire Kiyoshi Kurosawa, 2016. Tous les codes du genre sont mis en place pour que le spectateur se doute qu’il est face Ă  une apparition fantomatique la porte qui s’ouvre tout seule avant l’apparition de la figure, la robe qui semble sortie d’une autre Ă©poque et l’immobilitĂ© du personnage. Si l’on parcourt la filmographie de Kiyoshi Kurosawa, le rĂ©alisateur du film, nous retrouvons une longue liste d’exemples de l’utilisation de cette forme dans SĂ©ance, KaĂŻro ou Loft, pour ne donner que quelques exemples. SĂ©ance, Kiyoshi Kurosawa, 2000. Photogramme. / KaĂŻro, Kiyoshi Kurosawa, 2001. Photogramme. / Loft, Kiyoshi Kurosawa, 2005. Photogramme. Cela n’est sans doute pas sans rapport avec le fait que, dans de nombreux entretiens, d’autres rĂ©alisateurs japonais[2] et lui, se rĂ©fĂšrent au film Les Innocents Jack Clayton, 1961 comme rĂ©fĂšrent pour la reprĂ©sentation du fantĂŽme. Dans ce film un autre personnage arrive dans un autre manoir, pour un autre poste de travail. Il s’agit de Miss Giddens, la nouvelle nourrice des deux orphelins. L’une aprĂšs l’autre, les apparitions fantomatiques se succĂšdent dans le manoir avec un point commun la fixitĂ© ou la lenteur[3] des fantĂŽmes. Les deux exemples les plus caractĂ©ristiques de ces apparitions[4] ce sont la dame qui se tient dĂ©bout, de l’autre cĂŽtĂ© du lac, pendant que Miss Giddens fait de la couture, et le personnage qui regarde la nourrice depuis le haut de la tour du manoir. Rien n’identifie ces deux personnages comme des fantĂŽmes au-delĂ  du fait que personne n’est censĂ© se trouver Ă  cet endroit-lĂ  ce qui peut toujours trouver une explication plausible et qu’ils ne bougent pas. C’est Ă  la codification de l’immobilitĂ© du personnage comme signe de la reprĂ©sentation du fantĂŽme, que nous allons nous intĂ©resser dans cet article, Ă  ses influences et sa signification. Les Innocents, Jack Clayton, 1961. Photogramme. Avançons Ă  la fin des annĂ©es 1980, au Japon, aux deux films qui marquent le point de dĂ©part de cette vague de films baptisĂ©e par la critique comme J-Horror. Il s’agit de Psychic Vision Jaganrei Teruyoshi Ishii, 1988 et Scary True Stories Norio Tsuruta, 1991. Dans le premier, la narration s’établit Ă  partir d’une fille en robe blanche qui apparaĂźt dans divers enregistrements d’un documentaire sur la vie d’une star de la musique pop. Invariablement, cette figure apparaĂźt au dernier plan et se tient debout sans bouger. Psychic Vision Jaganrei, Teruyoshi Ishii, 1988. Capture. / The Gymnasiul in Summer, Norio Tsuruta, 1992. Capture. / My Friend at the Stairwell, Norio Tsuruta, 1992. Le deuxiĂšme film en rĂ©alitĂ© une sĂ©rie des films qui dure jusqu’à aujourd’hui est une anthologie d’histoires courtes oĂč l’apparition du fantĂŽme prime sur le dĂ©veloppement de la narration. Dans des piĂšces comme The Gymnasium in Summer ou My Friend at the Stairwell[5] les jeunes protagonistes de ces histoires se retrouvent face Ă  des figures fantomatiques statiques. Le crĂ©ateur de l’anthologie et rĂ©alisateur d’un grand nombre de piĂšces, Norio Tsuruta[6], s’exprime sur cette immobilitĂ© de la maniĂšre suivante Le plus terrifiant n’est pas de se faire agresser physiquement mais de se retrouver face Ă  quelque chose qu’on ne comprend pas, et qui ne fait rien.[7] » MĂȘme si ce n’est pas exactement Ă  la terreur que nous nous intĂ©ressons ici, nous pouvons tout Ă  fait substituer ce terme par Ă©trangetĂ© il est Ă©trange de se retrouver face Ă  une figure qui ne bouge pas. Sigmund Freud explique dans son article L’InquiĂ©tante Ă©trangetĂ© » comment E. Jentsch signale comme le cas d’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© par excellence celui oĂč l’on doute qu’un ĂȘtre en apparence animĂ© ne soit vivant, et, inversement, qu’un objet sans vie ne soit en quelque sorte animĂ©[8] ». Pour l’expliquer, il fait appel entre autres Ă  l’impression produite par les figures de cire, des ĂȘtres qui ressemblent Ă  l’ĂȘtre humain, mais un ĂȘtre humain immobile, figĂ© comme dans une photographie en trois dimensions. Dans les nombreux tĂątonnements Ă  travers lesquels Freud essaie d’expliquer ce sentiment d’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© tout au long de l’article, il y a quelque chose qui se pose comme principe depuis le dĂ©but l’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© sera cette sorte de l’effrayant qui se rattache aux choses connues depuis longtemps, et de tout temps familiĂšres. [9]» Si l’immobilitĂ© d’une figure peut, dans un certain contexte narratif, ĂȘtre un signe qui pointe un personnage comme fantĂŽme, cela pourrait ĂȘtre dĂ» Ă  la tension entre la familiaritĂ© de la figure le corps humain et Ă  l’étrangetĂ© de son geste. Mais, est-il vraiment Ă©trange de ne pas bouger ? Pour rĂ©pondre Ă  cela, posons-nous deux questions Ă  quel moment de notre journĂ©e, en dehors du sommeil et encore, restons-nous complĂštement immobiles ? Quel personnage, qui ne soit pas mort ou dans le coma, reste immobile dans un film ? Si on exclut des enchantements, des sortilĂšges, ou d’autres motifs du genre dont l’explication est normalement explicitĂ©e dans la narration, cette immobilitĂ© n’existe ni dans la vie ni dans le cinĂ©ma, elle est rĂ©servĂ©e Ă  la photographie. Et puisque c’est la deuxiĂšme fois que la photographie s’introduit dans notre raisonnement, intĂ©ressons-nous Ă  celle-ci. ConcrĂštement Ă  la photographie spirite japonaise des annĂ©es 1970-1980, bien moins connue en occident que celle du XIXe siĂšcle[10]. En ce qui concerne l’immobilitĂ© de la figure fantomatique, la plupart des rĂ©alisateurs de la J-Horror renvoient vers deux objets plastiques le film de Clayton[11] dont nous parlions plus haut et ce type de photographie. DĂšs la fin des annĂ©es 1970, surgissent aux Japon de nombreux magazines spĂ©cialisĂ©s qui montrent voir produisent ce type d’images. Celles-ci seront dĂ©terminantes pour les rĂ©alisateurs de la J-Horror Notre influence principale venait de la photo spirite, qui Ă©tait trĂšs Ă  la mode dans les magazines pour adolescentes des annĂ©es 70 et 80. [
] Nous voulions faire apparaĂźtre de la mĂȘme façon, aussi simplement, les fantĂŽmes dans le rĂ©el.[12]» Il est trĂšs significatif que Takahashi relie ces deux termes, simplicitĂ© » et rĂ©el », car les deux dĂ©finissent bien le type de reprĂ©sentation dont nous sommes en train de parler aucun effet, aucun trucage, rien de plus simple qu’une figure qui se tient debout et qui ne bouge pas. Et n’oublions pas qu’aprĂšs avoir Ă©tĂ© une figure majeure du cinĂ©ma japonais le fantĂŽme avait presque complĂštement disparu des Ă©crans pendant presque deux dĂ©cennies. C’est Ă  travers l’image fixe que la figure du fantĂŽme rĂ©apparaĂźt dans la culture japonaise Comme si les spectres devaient remonter l’histoire des images animĂ©es pour prendre forme Ă  nouveau[13] » Dans cette remontĂ©e l’immobilitĂ© de l’image photographique restera collĂ©e Ă  leur peau. Revenons maintenant au film Les Innocents. Chiaki Konaka, scĂ©nariste de Jaganrei et Scary True Stories, dont nous avons parlĂ© plus haut, explique comment les cinĂ©astes de sa gĂ©nĂ©ration ont subi l’influence de films comme La Maison du diable de Robert Wise ou Les Innocents de Clayton. Ces deux films ont pour point commun qu’ils ne montrent pas clairement les fantĂŽmes. [14]» Au regard des images du Secret de la chambre noire, ainsi que d’autres de ses films, il est indĂ©niable que Kiyoshi Kurosawa, a subi cette influence. Dans ce film le seul que Kurosawa a tournĂ© en Europe le cercle de l’influence se renferme, en quelque sorte, en rendant clairement un hommage aux figures de Clayton dans un dĂ©cor plus proche Ă  celui des Innocents un vieux manoir europĂ©en que le Japon contemporain oĂč les histoires des films de la J-Horror ont lieu. Pourtant, nous ne pouvons pas ĂȘtre d’accord avec les dĂ©clarations de Konaka quand il affirme que le point commun de La Maison du diable et Les Innocents est qu’ils ne montrent pas clairement les fantĂŽmes. Cela est sans doute certain pour La Maison du diable, mais, en ce qui concerne Les Innocents, les fantĂŽmes sont montrĂ©s non seulement trĂšs clairement mais pendant des durĂ©es qui dĂ©passent largement l’aperçu ou l’entrevu. Et c’est justement cela qui suppose la grande influence de ce film sur la J-Horror. Nous pourrions, en revanche, ĂȘtre d’accord avec lui si ce ne montrent pas clairement les fantĂŽmes » se rĂ©fĂšre Ă  ne pas les montrer clairement » en tant que fantĂŽmes, c’est-Ă -dire Ă  ne pas les diffĂ©rencier visuellement des vivants, exceptĂ© par l’immobilitĂ© de la figure. Cette immobilitĂ© est devenue, depuis ce temps un signe, acceptĂ© et codifiĂ©, de la reprĂ©sentation du fantĂŽme. Comme peuvent l’ĂȘtre la transparence, le drap blanc ou, comme nous avons vu dans un autre article, la texture de la vidĂ©o analogique. C’est pour cela que tout de suite, dans la scĂšne dĂ©crite au dĂ©but de cette article, le spectateur se doute que cette figure est une apparition fantomatique. Mais l’est-elle ? À la fin du film, le personnage de Jean celui qui attendait dans le hall du manoir dĂ©couvre que le photographe avec qui il travaille StĂ©phane donne Ă  ses modĂšles sa femme puis sa fille du relaxant musculaire afin qu’elles ne bougent pas pendant les longs temps d’exposition nĂ©cessaires pour fixer l’image sur la plaque du daguerrĂ©otype. Tant l’une que l’autre mourront et les deux rĂ©apparaitront comme fantĂŽmes. Afin de produire une image fixe, StĂ©phane se sert de la chimie non seulement sur la surface sensible du daguerrĂ©otype mais sur les modĂšles, pour immobiliser le corps vivant. Cette immobilisation est le dĂ©but de la fantomisation de ce corps il prĂ©cĂšde la mort arrĂȘt ultime du corps dans sa totalitĂ© et la transformation du vivant en fantĂŽme. ObsĂ©dĂ© par la captation photographique de sa femme et sa fille la fixation de leur image sur la plaque de cuivre, StĂ©phane finit par les fixer en tant que fantĂŽmes[15]. ArrĂȘter le corps c’est anticiper sa mort. C’est pour cela que ni Jean ni le spectateur ne sauront si la figure dans l’entrĂ©e du manoir au dĂ©but du film, est le fantĂŽme de la mĂšre ou la fille encore vivante anesthĂ©siĂ©e, car les deux portent la mĂȘme robe pour les sĂ©ances photos. Le Secret de la chambre noire, Kiyoshi Kurosawa, 2016. Photogramme. Raymond Bellour songeait en 1995 Ă  une histoire du cinĂ©ma centrĂ©e sur les diverses maniĂšres d’arrĂȘter le mouvement dans l’image en mouvement on a tentĂ© de contrarier son mouvement [du cinĂ©ma], de sembler l’arrĂȘter et surtout de crĂ©er ainsi d’autres vitesses que celle de la norme prescrite par le faux-vrai naturel d’un dĂ©filement fondĂ© sur l’analogie de mouvement.[16] » Comme nous avons vu, ce type de reprĂ©sentation du fantĂŽme contrarie cette analogie du mouvement la pollue, lui nuit l’immobilitĂ© de la photographie vient hanter le dĂ©filement de l’image en mouvement, et le fait de la maniĂšre la plus simple, avec la simplicitĂ© des choses familiĂšres [qui] peuvent devenir Ă©trangement inquiĂ©tantes[17] ». Le fantĂŽme n’[a] qu’à se tenir immobile.[18] » [1] TAKAHASHI Hiroshi Sadako et les fantĂŽmes japonais. Entretien avec Hiroshi Takahashi » dans Enfers et fantĂŽmes d’Asie, catalogue de l’exposition de Paris, MusĂ©e du quai Branly-Jacques Chirac, 10 avril-15 juillet 2018, Paris, Flammarion/ MusĂ©e du Quai de Branly-Jacques Chirac, 2018, p. 25. [2] Ceux de la vague des films qu’on connaĂźt comme J-Horror, de laquelle Kurosawa est proche sans y faire tout Ă  fait partie. [3] Nous nous intĂ©resserons Ă  la lenteur dans un autre article. [4] CitĂ©s presque Ă  l’identique dans une adaptation rĂ©cente du mĂȘme roman The Haunting of Bly Manor Mike Flanagan, 2020 que, comme Les innocents, adapte librement le roman Le Tour d’Écrou Henry James, 1898. [5] L’une du premier volet, l’autre du deuxiĂšme. [6] ConsidĂ©rĂ© pour ses pairs comme le pĂšre de cette figure dans le cinĂ©ma japonais des annĂ©es 1980 Tsuruta est le premier Ă  avoir filmĂ© des fantĂŽmes qui font peur alors qu’ils ne font rien d’autre que se tenir debout. » [ Entretien avec Takashi Shimizu » dans DU MESNILDOT StĂ©phane, FantĂŽmes du cinĂ©ma japonais, Rouge Profond, Pertuis, 2011, p. 206] [7] TSURUTA Norio dans DU MESNILDOT StĂ©phane, FantĂŽmes du cinĂ©ma japonais, Rouge Profond, Pertuis, 2011, p. 190 [8] FREUD Sigmund, L’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© » [1919] Traduction française de Marie Bonaparte et Mme E. Marty, dans Essais de psychanalyse appliquĂ©e, Paris, Éditions Gallimard, 1971, p. 173. [9] Ibid., p. 165. [10] Dans son autobiographie, William Howard Mumler[10] raconte comment, en travaillant sur un autoportrait en 1861, il a vu apparaitre dans le nĂ©gatif une autre figure à côté de la sienne. Convaincu que l’apparition est due à son manque d’expĂ©rience il pensa avoir utilisé une plaque dĂ©jĂ Ì€ exposĂ©e qui n’aurait pas été bien lavĂ©e »[10], Mumler rĂ©alise un tirage en papier et le montre comme curiositĂ©Ì. Convaincu plus tard de ses pouvoir mĂ©diumniques ou prĂ©tendant l’ĂȘtre cet accident devient une application. D’abord aux États-Unis, puis en Europe des opĂ©rateurs commencent à profiter de la ressemblance entre la forme photographique produite par la surimpression et l’imagerie fantomale telle qu’elle Ă©tait alors inscrite dans l’imaginaire collectif »[10] pour produire délibérément et non plus comme un accident des photographies d’esprits. Donnant lieu à des fortes confrontations mĂ©diatiques et dans les tribunaux qui, selon leurs verdicts, favorisĂšrent ou limitĂšrent le dĂ©veloppement de la pratique entre les sociĂ©tĂ©s spirites qui croyaient avoir trouvĂ©Ì un moyen de communiquer avec les morts et des reprĂ©sentant de la loi ou des arnaquĂ©s. [11] Hiroshi Takahashi, l’explique dans un entretien Nous Ă©tions quelques cinĂ©astes, dont Kiyoshi Kurosawa et Hideo Nakata, Ă  vouloir revenir aux films de fantĂŽmes des annĂ©es 60 que nous regardions quand nous Ă©tions enfants. C’était des films Ă©trangers pour la plupart comme La Maison du Diable de Robert Wise ou Les Innocents de Jack Clayton. » [TAKAHASHI Hiroshi, Op. cit., p. 24.] [12] TAKAHASHI Hiroshi Sadako et les fantĂŽmes japonais. Entretien avec Hiroshi Takahashi » dans Enfers et fantĂŽmes d’Asie, catalogue de l’exposition de Paris, MusĂ©e du quai Branly-Jacques Chirac, 10 avril-15 juillet 2018, Paris, Flammarion/ MusĂ©e du Quai de Branly-Jacques Chirac, 2018, p. 24. [13] DU MESNILDOT StĂ©phane, FantĂŽmes du cinĂ©ma japonais, Rouge Profond, Pertuis, 2011, p. 51. [14] Entretien avec Chiaki Konaka » DU MESNILDOT StĂ©phane, Ibid., p. 179. [15] On voit cela aussi trĂšs clairement dans KaĂŻro, du mĂȘme rĂ©alisateur, oĂč l’immobilitĂ© est le dĂ©but du processus de fantomisation des personnages. [16] BELLOUR Raymond, L’ArriĂšre-monde » [1995] dans L’Entre-images 2 mots, images, Paris, 1999, p. 249. [17] FREUD Sigmund, Op. cit., p 165.. [18] TAKAHASHI Hiroshi Sadako et les fantĂŽmes japonais. Entretien avec Hiroshi Takahashi » Op. cit., p. 25. Nous avions dĂ©jĂ  parlĂ© dans ce carnet de recherche de la sensibilitĂ© des appareils de basse dĂ©finition. Une sensibilitĂ© qui paradoxalement permet, en ce qui concerne la reprĂ©sentation de l’apparition fantomatique, de rĂ©vĂ©ler davantage en la montrant avec moins de dĂ©tails. StĂ©phane Bex l’explique bien dans son ouvrage consacrĂ© aux films found footage [1] Alors que l’image haute dĂ©finition permise par les technologies modernes transforme le visible en accumulation de dĂ©tails individualisĂ©s oĂč se perd l’autonomie de la figure, l’image basse dĂ©finition montre la trame sur laquelle les images se constitue [sic], le matĂ©riau sur le fond duquel elles Ă©mergent. [2]» Le manque de dĂ©tails des images en basse dĂ©finition fonctionnerait ainsi comme une zone intermĂ©diaire entre l’image Ă  un Ă©tat latent et la reprĂ©sentation fidĂšle mimĂ©tique de la rĂ©alitĂ©. Disons que la basse dĂ©finition, de par sa sensibilitĂ©, montre une sorte de visible en train de se former. Nous allons voir comment dans le sixiĂšme volet de la sĂ©rie de films Paranormal Activity, la sensibilitĂ© altĂ©rĂ©e de l’appareil fonctionne comme passage Ă  travers lequel se matĂ©rialise apparaĂźt l’image de l’entitĂ© hantant les films. Utilisant la forme found footage[3], les films retracent d’une maniĂšre non chronologique l’histoire de l’entitĂ© surnommĂ©e Toby depuis sa prise de contact avec les sƓurs Katie et Kristi, jusqu’à sa matĂ©rialisation en forme anthropomorphique. Dans les films prĂ©cĂ©dents la prĂ©sence de la dite-entitĂ© n’était qu’évidencĂ©e par diffĂ©rentes formes de trace des empreintes de pas par terre sur de la poudre dans Paranormal Activity Oren Peli, 2007 ; une figure suggĂ©rĂ©e dans l’air Ă  travers la poussiĂšre qui tombe lors d’un tremblement de terre dans Paranormal Activity 3 Henry Joost, Ariel Schulman, 2011 ; le volume sous un drap aussi dans Paranormal Activity 3 ; et une figure entrevue distordant la grille des points gĂ©nĂ©rĂ©e par la vision nocturne d’une camĂ©ra et les rayons laser d’une console de jeux dans Paranormal Activity 4 Henry Joost, Ariel Schulman, 2012. Dans toutes ces manifestations la prĂ©sence de l’entitĂ© est Ă©videncĂ©e mais pas montrĂ©e par les appareils d’enregistrement. D’une Ă©conomie visuelle remarquable, la manifestation fantomatique est toujours liĂ©e aux signes d’une prĂ©sence qu’on ne perçoit pas. C’est ce que Bex appelle le monstrueux en creux » [
] l’entitĂ© hantant les maisons de Paranormal Activity ne se dĂ©voile au regard. Ce que le spectateur et les personnages voient, en revanche, ce sont les traces laissĂ©es par les crĂ©atures monstrueuses, les indices sensibles qui dessinent en creux la forme d’une rĂ©alitĂ© Ă©chappant Ă  la sensibilitĂ© [
] [4] » Les camĂ©ras qui dans le found footage font partie de la diĂ©gĂšse du film restent jusqu’ici assoiffĂ©es, ne montrant que des indices d’une prĂ©sence qui reste invisible Ă  leurs yeux[5]. Elles enregistrent les indices mais leur sensibilitĂ© reste insuffisante pour capter l’image de l’entitĂ©. Mais est-ce d’insuffisance qu’il s’agit ou plutĂŽt d’une sensibilitĂ© non adaptĂ©e ? Fig. 1 Paranormal Activity, Oren Peli, Fig. 2 Paranormal Activity 3, Henry Joost, Ariel Schulman, 2011. Photogramme. Fig. 3 Paranormal Activity 3, Henry Joost, Ariel Schulman, 2011. Photogramme. Fig. 4 Paranormal Activity 4, Henry Joost, Ariel Schulman, 2012. Photogramme. Dans le sixiĂšme[6] volet de la sĂ©rie, cette entitĂ©, poursuivant comme but son incarnation physique, est captĂ©e par une camĂ©ra des annĂ©es 1980 bricolĂ©e par les membres d’une sorte de secte[7]. Cherchant Ă  se faire chair, la matĂ©rialisation physique de cette entitĂ© est prĂ©cĂ©dĂ©e par sa matĂ©rialisation en tant qu’image. Paranormal Activity 5 Ghost Dimension, Gregory Plotkin, 2015. Photogramme. Celle-ci ne se produit pas sur les images de toutes les camĂ©ras utilisĂ©es dans le film mais seulement sur les images captĂ©es par la plus ancienne trouvĂ©e dans un carton poussiĂ©reux dans le grenier. Paranormal Activity, une des plus cĂ©lĂšbres sĂ©ries de films found footage presque canonique du genre, en ce que ses images ont Ă©tĂ© reprises comme modĂšle se ferme avec un appareil de basse dĂ©finition pouvant capter et prĂ©cĂ©dant la matĂ©rialisation de ce que les appareils plus performants pour copier le rĂ©el n’ont pas pu capter pendant cinq films. Mais peut-on vraiment parler ici de basse dĂ©finition ? Oui et non. . D’un cĂŽtĂ© non, on ne peut pas vraiment parler de basse dĂ©finition parce que la camĂ©ra des annĂ©es 1980 qui montre l’entitĂ© n’est pas en rĂ©alitĂ© une camĂ©ra VHS. Avant d’ĂȘtre truquĂ©e, cette camĂ©ra est censĂ©e avoir filmĂ©, dans la diĂ©gĂšse des films, le troisiĂšme volet de la sĂ©rie, sorte de flashback montrant les Ă©vĂ©nements de l’enfance de Katie et Kristi en 1988. Sa prĂ©sence dans le film est justifiĂ©e du fait que le beau-pĂšre des filles est rĂ©alisateur de vidĂ©os de mariage. En rĂ©alitĂ© il ne s’agit pas d’un appareil VHS mais d’une petite camĂ©ra HD cachĂ©e dans le corps d’une ancienne camĂ©ra. Le seul indice de la dĂ©finition de la dite-camera est un effet insĂ©rĂ© au dĂ©but du film un peu de bruit blanc et un ajustement du tracking de la bande magnĂ©tique[8]. MĂȘme l’aspect ratio est de 16 9 au lieu du 4 3 propre au format VHS. Les producteurs ont dĂ» penser que tourner vĂ©ritablement un film en VHS en 2011 Ă©tait inconcevable et l’effet au dĂ©but du film Ă©tait suffisant pour donner l’indice de rĂ©alitĂ© poursuivi, en principe, par la forme found footage. Et certains commentaires sur Internet semblent leur donner la raison sur le site par exemple, on peut lire Les images dĂ©livrĂ©es Ă  l’écran ont Ă©tĂ© fabriquĂ©es pour ressembler au maximum Ă  des archives vidĂ©o amateur retrouvĂ©es aprĂšs moult annĂ©es. Et elles sont efficaces dans ce registre. On qualifiera donc ce transfert de fidĂšle, en accord avec le style du long-mĂ©trage. S’agit-il d’un rendu VHS pour autant ? Non, rassurez-vous ! Si la dĂ©finition oscille, elle reste largement acceptable bien au-delĂ  en tout cas de la qualitĂ© des camĂ©ras amateurs de la fin des annĂ©es 1980. [9]» Ce compte rendu montre bien comment, mĂȘme si le found footage fait appel Ă  une sensibilitĂ© diffĂ©rente Ă  celle des productions plus classiques, les standards de production et diffusion du marchĂ©, ainsi que la sensibilitĂ© d’une grande partie du public, continuent Ă  Ă©tablir des limites dans le visible entre ce qui est acceptable » et ce qui ne l’est pas. . D’un autre cĂŽtĂ© oui, nous pouvons parler de basse dĂ©finition dans le sens oĂč les scĂ©naristes/rĂ©alisateurs font appel Ă  cette camĂ©ra et Ă  certains effets exagĂ©rant les dĂ©fauts de celle-ci pour donner Ă  voir l’entitĂ©. Disons qu’il ne s’agit pas exactement de la basse dĂ©finition mais d’une sorte de dĂ©finition autre qui joue avec les codes visuels de celle-ci l’image est lĂ©gĂšrement floutĂ©e ; les lignes de balayage qui la forment sont visibles ; les couleurs rouge, vert et bleu semblent parfois se dissocier ; et les lumiĂšres les plus fortes sont brulĂ©es. Dans ce sixiĂšme volet de la sĂ©rie, les scĂ©naristes/rĂ©alisateurs font appel Ă  l’imaginaire de la basse dĂ©finition pour rendre effective l’incarnation de l’entitĂ© Ă  travers l’image. Si dans les volets prĂ©cĂ©dents la seule preuve de son existence Ă©tait sa prĂ©sence en creux », la sensibilitĂ© autre de cette camĂ©ra est capable de la montrer, de la faire apparaĂźtre. On ne peut pas ici parler de vĂ©ritable basse dĂ©finition mais plutĂŽt de dĂ©finition altĂ©rĂ©e. Il s’agit, en tout cas, d’une sensibilitĂ© autre, diffĂ©rente Ă  celle des standards de visibilitĂ© imposĂ©s par l’industrie et acceptĂ©s par une partie du public. Paranormal Activity 5 Ghost Dimension, Gregory Plotkin, 2015. Photogramme. Paranormal Activity 5 Ghost Dimension, Gregory Plotkin, 2015. Photogramme. L’hypothĂšse plastique du film pourrait se rĂ©sumer de la façon suivante la nuisance dans l’image haute dĂ©finition la perte dans sa copie fidĂšle de la rĂ©alitĂ© suppose un gain dans la sensibilitĂ© de la camĂ©ra. Elle est capable de voir plus parce qu’elle voit mal. AprĂšs le passage par cette camĂ©ra avec une dĂ©finition altĂ©rĂ©e, l’entitĂ© se matĂ©rialisera et sera visible dans les autres appareils mĂȘme Ă  ce moment, on ne verra sur les images de ceux-lĂ  que ses jambes. Dans une sĂ©rie des films construits Ă  partir d’images censĂ©es ĂȘtre captĂ©es par les personnages afin de voir l’entitĂ©, celle-ci a besoin de traverser la zone de passage dont nous parlions plus haut en rapport Ă  la basse dĂ©finition. La nuisance dans la copie fidĂšle de la rĂ©alitĂ© offerte par la sensibilitĂ© altĂ©rĂ©e de l’appareil permet Ă  l’image fantomatique latente d’apparaĂźtre, de se matĂ©rialiser et, puis, de devenir image en haute dĂ©finition. [1] BEX SthĂ©phane, Terreur du voir. L’expĂ©rience found footage, Aix-en-Provence, Rouge Profond, 2016. [2] Ibid., pp. 347-348. [3] On appellera ce type de film found footage montage d’image rĂ©cupĂ©rĂ©es car il est Ă©tabli de les appeler ainsi, mĂȘme s’il est vrai qu’il serait plus correct de les appeler faux found footage car le prĂ©tendu matĂ©riel trouvĂ© est une fiction. [4] BEX SthĂ©phane, [5] Pour Pierre-Damien Huyghe la technique permet des enregistrements selon des formes de sensibilitĂ© qui ne sont pas celles de l’esprit humain, mais qui recĂšlent des spatio-temporalitĂ©s spĂ©cifiques. Ainsi une camĂ©ra ne voit-elle pas comme des yeux, ainsi un magnĂ©tophone n’entend-t-il pas comme des oreilles. » [HUYGHE Pierre-Damien, Le CinĂ©ma avant aprĂšs, Grenoble, De L’incidence Éditeur, 2012. p. 106.] [6] SeptiĂšme si l’on compte Paranormal Activity Tokyo Night Toshikazu Nagae, 2010, sorte de spin-off japonais. [7] La camĂ©ra a six tubes d’image au lieu des trois habituels et une bague de rĂ©glage supplĂ©mentaire en plus de celles du diaphragme et de la mise au point. [8] Il est intĂ©ressant le rapport que Mark Olsen, critique cinĂ©matographique du Los Angeles Times Ă©tablit entre ce que les rĂ©alisateurs n’ont pas fait et le travail de Harmory Korine OLSEN Mark, Movie review Paranormal Activity 3’ », Los Angeles Times [en ligne] URL ConsultĂ© le 7 avril 2020. [9] RĂ©daction du site, Test Blu-Ray Paranormal Activity 3 », HD NumĂ©rique [en ligne] URL ConsultĂ© le 7 avril 2020. Le dictionnaire Larousse dĂ©finit hanter en parlant des fantĂŽmes comme apparaĂźtre dans un lieu ». On a beaucoup parlĂ© au sujet du type de lieu d’apparition du fantĂŽme maison, cimetiĂšre, hĂŽpital
 et de son attachement Ă  celui-ci mais je voudrais m’intĂ©resser ici Ă  l’autre lieu d’appariation l’image[1]. Mon hypothĂšse est que la nuisance dans l’image la perturbation de sa lecture peut exercer comme porte-empreinte » de la figure du fantĂŽme. J’emprunte ce concept de porte-empreinte » Ă  Georges Didi-Huberman, qui l’utilise pour parler de la pratique de Claudio Parmiggiani Ce qu’on appelle un fantĂŽme n’est pas plus que ceci une image de mĂ©moire qui a trouvĂ© dans l’air – dans l’atmosphĂšre de la maison, dans l’ombre des piĂšces, dans la saletĂ© des murs, dans la poussiĂšre qui retombe – son porte-empreinte le plus efficace. »[2] Je voudrais montrer comment diffĂ©rents types de nuisances texture de l’image photographique ou vidĂ©o analogique, flou, pixellisation, etc. sont les porte-empreinte » dans lesquels la figure du fantĂŽme se matĂ©rialise dans la fiction audiovisuelle. Robert Bonner et l’esprit de son épouse Ella Bonner, William H. Mumler, 1872. Épreuve sur papier albuminé. 10 x 6cm. Commençons par les premiĂšres images photographiques des fantĂŽmes les photographies spirites du XIXe siĂšcle. L’insertion du fantĂŽme dans ces images a Ă©tĂ© toujours considĂ©rĂ©e pour ceux qui ne les envisagent pas comme de vĂ©ritables apparitions comme une consĂ©quence de la technique qui permettait de les produire, la surimpression Exploitant la ressemblance entre la forme photographique produite par la surimpression et l’imagerie fantomale telle qu’elle Ă©tait alors inscrite dans l’imaginaire collectif, quelques opĂ©rateurs commencĂšrent, dĂšs les annĂ©es 1850, Ă  produire dĂ©libĂ©rĂ©ment et non plus accidentellement- des photographies d’esprits. »[3] Mais on n’a pas signalĂ© assez l’importance de la texture granuleuse et lĂ©gĂšrement floutĂ©e de l’image, fruit des cristaux d’argent et des longs temps d’exposition. Safia BenhaĂŻm l’explique bien Dans les flous, dans les imperfections des premiĂšres images encore techniquement approximatives, nichaient des traces informes, obsĂ©dant la vision, happant le regard [
] » [4] Il ne s’agit pas simplement de pouvoir insĂ©rer le fantĂŽme dans l’image, il s’agit de la trouvaille d’une surface oĂč le fixer, de trouver un porte-empreinte » oĂč accrocher l’effet produit par la surimpression cet espace est la texture des photographies de l’époque. Ces imperfections c’est le mot que BenhaĂŻm utilise, comme si mimesis et perfection Ă©tait Ă©quivalentes Ă©tablissent dans les images un filtre, une zone intermĂ©diaire susceptible d’ĂȘtre hantĂ© par le fantĂŽme. Disons que la surimpression effectue l’apparition mais c’est la texture de l’image qui l’accueille en mettant en place un espace sensible Ă  la hantise. Au Petit Dunkerque, 3 quai Conti, EugĂšne Atget, 1900. Épreuve sur papier albuminé. 22x18cm. Moins volontairement spirites mais Ă©galement fantomales, dans certaines images d’EugĂšne Atget c’est le flou du mouvement qui nuit Ă  la lecture de l’image, qui la pollue. La figure humaine en mouvement au milieu des espaces fixes apparaĂźt comme une tĂąche plus ou moins opaque. L’humain est lĂ , prĂ©sent quelque part, mais un voile un filtre s’impose Ă  sa lecture supposĂ©e correcte mimĂ©tique. On ne peut pas dire que la figure occupe l’espace car Ă  nos yeux elle se donne Ă  voir avec une nature diffĂ©rente de celle de cet espace-lĂ . Elle ne l’occupe pas, elle le hante. Le flou et la transparence nuisent la lecture de cette figure humaine et la transforment en une figure fantomatique. KaĂŻro, Kiyoshi Kurosawa, 2001. Photogramme. Cette qualitĂ© fantomale du flou est utilisĂ©e de maniĂšres variĂ©es par Kiyoshi Kurosawa dans son film KaĂŻro 2001. Dans une scĂšne du film, par exemple, avant de savoir qu’il est un fantĂŽme, le personnage de Taguchi apparaĂźt en rĂ©alitĂ© il est dĂ©jĂ  lĂ  derriĂšre une bĂąche plastique qui floute son image. Kurosawa insĂšre la nuisance dans le dĂ©cor et hante ainsi l’appartement de Taguchi. Comme pour les figures d’Atget, on n’a pas l’impression que le personnage occupe l’espace, il est plutĂŽt une image projetĂ©e sur le bĂąche plastique. Le flou a ici une double fonction d’une part il diffĂ©rencie visuellement la place du vivant et du mort ; d’une autre part il voile l’image, il lui nuit, la dĂ©grade dĂ©gradation de sa valeur mimĂ©tique. Et en le faisant, le fantomal s’installe dans cette l’image la figure est montrĂ©e comme fantomatique avant que la narration ne raconte que le personnage est un fantĂŽme. À partir du dernier quart du XXe siĂšcle, une nouvelle texture abrite la figure du fantĂŽme celle de la vidĂ©o, au dĂ©but analogique puis numĂ©rique. Dans le cinĂ©ma japonais, par exemple, oĂč, aprĂšs avoir Ă©tĂ© d’une importance remarquable provenant du théùtre, la figure du fantĂŽme avait disparu pendant presque trente ans, le marchĂ© de la vidĂ©o[5] produit son retour. Les dĂ©buts de la vague des films connue comme J-Horror[6] est indissociable de la texture lĂ©gĂšrement floue, marquĂ©e par la trame des lignes et avec le peu de profondeur de la vidĂ©o analogique. Ce qui, par la suite, affectera fortement l’image du fantĂŽme. Psychic Vision Jaganrei, Chiaki J. Konaka, 1988. Capture. Est-ce que ce sont les histoires de fantĂŽmes qui amĂšnent ces rĂ©alisateurs vers la vidĂ©o car ils n’auraient jamais pu les produire en pellicule de par son coĂ»t ou est-ce que c’est la texture du matĂ©riel qui amĂšne les rĂ©alisateurs vers le fantĂŽme ? Difficile Ă  savoir mais il ne faut pas oublier la rĂ©currence dans ces histoires d’une origine du fantĂŽme basĂ©e dans la technologie-mĂȘme par exemple dans Jaganrei de Chiaki Konaka ou Ring de Hideo Nakata. Si on se tient aux rĂ©ponses de certains de ces rĂ©alisateurs dans divers entretiens Chiaki Konaka ou Norio Tsuruta le rĂ©fĂ©rent visuel pour ces fantĂŽmes Ă©taient les photographies spirites, non pas celles du XIXe siĂšcle mais celles d’une vague d’images qui a eu lieu dans le Japon des annĂ©es 1980. Comme le signale StĂ©phane du Mesnildot, ce qui intĂ©resse Chiaki Konaka, par exemple, de ces photographies c’est que les truqueurs vont chercher dans le support lui-mĂȘme la matiĂšre des esprits dans le grain de l’argentique, les couleurs saturĂ©es de polaroĂŻds, les dĂ©fauts de la prise de vue, les flous ou les effets de voile. »[7] Comme pour ceux-lĂ , la vidĂ©o analogique de l’époque semble gĂ©nĂ©rer, de par la propre matĂ©rialitĂ© du format, l’espace propice pour la hantise du fantĂŽme. La texture gĂ©nĂ©rĂ©e Ă  partir des agrĂ©gats d’argent dans l’une et des particules magnĂ©tiques dans l’autre agit comme un filtre entre le rĂ©el devant l’appareil mĂȘme si c’est un rĂ©el fictif et les yeux du regardeur. Ce filtre est la surface-mĂȘme de l’image. Il floute, il mĂȘle les couleurs, il aplatit l’image. Cette surface est la toile sur laquelle le fantĂŽme apparaĂźt, sur laquelle il se fait visible. C’est sur ce porte-empreinte » que l’image fantomatique est, en quelque sorte, chassĂ©e. La figure du fantĂŽme, immatĂ©rielle, a besoin de cette matiĂšre pour se rendre visible. Ghostwatch, Lesley Manning, 1992. Capture. Dans Ghostwatch Lesley Manning, 1992, fiction prenant la forme d’une Ă©mission tĂ©lĂ©visuelle en direct, c’est Ă  travers la retransmission des images dans la tĂ©lĂ©vision que les spectateurs dĂ©couvrent la figure du fantĂŽme. L’expert, prĂ©sent sur le plateau, n’avait rien vu dans les rushes, dans les images brutes. Il a fallu une dĂ©gradation, celle de leur transmission, pour que le fantĂŽme soit visible dans l’image. Comme si la figure fantomale Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ , dans l’image, mais que seule la nuisance, fruit de la dĂ©gradation de celle-ci, lui permettait d’ĂȘtre visible. En rapport Ă  cela, on a dĂ©jĂ  parlĂ© dans ce carnet de la maniĂšre dont dans Lake Mungo Joel Anderson, 2008, c’est la basse dĂ©finition des appareils d’enregistrement qui gĂ©nĂšre un espace enclin Ă  ĂȘtre hantĂ© par le fantĂŽme. Si la vidĂ©o numĂ©rique est arrivĂ©e aujourd’hui Ă  copier la rĂ©alitĂ© d’une maniĂšre trĂšs fidĂšle, on ne manque pas de tactiques pour crĂ©er des espaces de hantise 1. Marc Olivier explique comment ce qu’il appelle le ghotic glitch »[8] est devenu un signe complĂštement incorporĂ© au langage cinĂ©matographique pour signifier la prĂ©sence du fantĂŽme. Si dans les exemples prĂ©cĂ©dents la nuisance accueillait la reprĂ©sentation du fantĂŽme Ă©tait son porte-empreinte », ici nuisance et reprĂ©sentation sont un seul et mĂȘme signe. Dans des films comme Grave Encounters Colin Minihan, Stuart Ortiz, 2011, le fantĂŽme se donne Ă  voir par le bug, par l’erreur dans la construction de l’image sa traduction de langage binaire Ă  image. Nul besoin d’adopter une apparence anthropomorphique, la seule texture de l’image cachĂ©e sous la reprĂ©sentation de la rĂ©alitĂ© rend effective matĂ©rialise sa prĂ©sence. Grave Encounters, Colin Minihan, Stuart Ortiz, 2011. Capture. 2. Dans Paranormal Activity 4[9] la nuisance est intĂ©grĂ©e dans une texture en haute dĂ©finition. Les rayons laser projetĂ©s par le dĂ©tecteur de mouvement d’une console de jeu produisent dans l’image gĂ©nĂ©rĂ©e par une camĂ©ra Ă  vision nocturne une grille de points. C’est cette grille qui va permettre au spectateur d’identifier la figure du dĂ©mon. Jusqu’ici dans les quatre films les seuls indices de la forme du dĂ©mon Ă©taient les empreintes laissĂ©es par terre sur de la poudre et sa prĂ©sence Ă©videncĂ©e par la poussiĂšre tombĂ©e du toit lors d’un tremblement de terre. Dans les deux cas l’empreinte fixe ou Ă©phĂ©mĂšre est accueillie par une matiĂšre poudre ou poussiĂšre. Dans la scĂšne dont on parle l’empreinte est portĂ©e par la texture mĂȘme de l’image, par la surface immatĂ©rielle gĂ©nĂ©rĂ©e par la nuisance introduite par les rayons lasers et la vision nocturne. La nuisance dans l’image est ici la matiĂšre sur laquelle apparaĂźt l’empreinte. Paranormal Activity 4, Henry Joost, Ariel Schulman, 2012. Capture. Il s’agit dans tous les exemples qu’on a vu du bruit dans un systĂšme plus il y a de bruit entre l’émetteur et le rĂ©cepteur, plus le message est enclin Ă  ĂȘtre contaminĂ© hantĂ©. Dans ces quelques exemples hĂ©tĂ©rogĂšnes la figure du fantĂŽme trouve dans la nuisance de l’image dans sa pollution la substance lui permettant de se matĂ©rialiser, de se donner Ă  voir. Le concept fantĂŽme sans forme prĂ©dĂ©terminĂ©e le reprĂ©sentant devient une forme plastique sensible apprĂ©hendable par les sens. La figure ne hante pas tant le lieu maison, rue, studio photo que la surface de l’image. C’est dans la nuisance insĂ©rĂ©e dans la lecture transparente de l’image texture, flou, pixellisation qu’apparaĂźt le fantĂŽme. La reprĂ©sentation du fantĂŽme fuit la matĂ©rialitĂ© du corps-rĂ©fĂ©rent et se donne Ă  voir Ă  travers la matĂ©rialitĂ© de la technologie utilisĂ©e. [1] Je pourrais parler aussi du son, mais je prĂ©fĂšre le faire dans un autre article. [2] DIDI-HUBERMAN Georges, GĂ©nie du non-lieu. Air, poussiĂšre, empreinte, hantise, Paris, Les Éditions de minuit, 2001. p. 113. [3] CHEROUX ClĂ©ment. La dialectique des spectres. La photographie spirite entre rĂ©crĂ©ation et conviction » dans CHÉROUX ClĂ©ment, FISCHER Andreas [et al.], Le troisiĂšme Ɠil la photographie et l’occulte, Paris, Gallimard, 2004. p. 46. [4] BENHAÏM Safia, Vampyr, Atget, KaĂŻro », Vertigo n°23, 2002, p. 75. [5] Des productions tournĂ©es en vidĂ©o et destinĂ©es Ă  la reproduction domestique et non pas dans des salles de cinĂ©ma, qui eut Ă  cette Ă©poque fin des annĂ©es 1980 un grand essor au Japon. [6] J-horror est un terme inventĂ© par les journalistes pour dĂ©signer une vague de cinĂ©astes qui renouvellent le cinĂ©ma d’horreur japonais Ă  partir de 1988 Chiaki J. Konaka Psychic Vision Jaganrei, 1988 Norio Tsuruta Scary True Stories, 1991, Hideo Nakata Ghost Actress, 1996 ; Ringu, 1998, Kiyoshi Kurosawa KaĂŻro, 2001, Takashi Shimizu Ju-on, 2002 etc. Les remakes amĂ©ricains feront de ce mouvement spontanĂ© un phĂ©nomĂšne mondial. [7] DU MESNILDOT StĂ©phane, FantĂŽmes du cinĂ©ma japonais, Rouge Profond, Pertuis, 2011. p. 54. [8] Marc Olivier appelle bug gothique » Glitch Gothic » les disruptions produites dans les appareils vidĂ©o annonçant la prĂ©sence de fantĂŽmes qui sont devenues pour lui des tropes essentiels dans le langage cinĂ©matographique des histoires de fantĂŽmes. » [Marc Olivier, Glitch Gothic » dans Cinematic ghosts. Haunting and spectrality from silent cinema to the digital era, New York, Bloomsbury, 2015. p. 253] [9] Je me permets la digression de parler ici d’une figure fantomatique qui n’est pas un fantĂŽme mais un dĂ©mon. Comme le peintre Zeuxis d’HĂ©raclĂ©e fin du Ve siĂšcle avant J-C., fier du fait que les oiseaux venaient essayer de manger les raisins peints dans son tableau[1], les publicitĂ©s des appareils photo et des camĂ©ras vidĂ©o promettent Ă  chaque nouveau modĂšle une reproduction plus fidĂšle de la rĂ©alitĂ©. Une des principales excuses pour faire acheter du nouveau matĂ©riel aux amateurs et aux professionnels est l’impression grandissante de capter la rĂ©alitĂ© brute, de rendre une copie de plus en plus parfaite de la rĂ©alitĂ©. La mimĂȘsis, que tant d’encre a fait couler dans l’histoire de l’art et l’esthĂ©tique est rebaptisĂ©e ici avec le nom de dĂ©finition. Le terme de qualitĂ©, utilisĂ© souvent dans le langage courant Ă  la place de dĂ©finition est significatif de la maniĂšre dont on associe une copie plus fidĂšle de la rĂ©alitĂ© Ă  une meilleure image, Ă  une image de qualitĂ©. Certains produits audiovisuels semblent par contre tirer toute leur force expressive de la basse dĂ©finition les appareils avec une qualitĂ© moindre, dĂ» Ă  leur anciennetĂ© ou leur caractĂšre amateur. On avait dĂ©jĂ  parlĂ© dans un article prĂ©cĂ©dent de l’utilisation des certaines textures liĂ©es Ă  la vidĂ©o analogique de la part des artistes comme Bill Viola et de leur rapport Ă  une certaine idĂ©e du fantomatique. On va s’intĂ©resser ici Ă  la basse dĂ©finition comme productrice de zones d’ombre propices Ă  la hantise de l’image vidĂ©o. Le film Lake Mungo 2008 de Joel Anderson est un excellent exemple des capacitĂ©s expressives des appareils de basse dĂ©finition et de la maniĂšre dont celle-ci est gĂ©nĂ©ratrice de qualitĂ©s impossibles Ă  reproduire en HD high definition ou haute dĂ©finition. L’ambiguĂŻtĂ© produite dans les images du film par le manque d’information de la basse dĂ©finition[2] est au centre tant de la narration que de la forme plastique du film si elles sont dissociables. Le spectateur est menĂ© Ă  douter Ă  plusieurs reprises non seulement de la valeur indicielle de l’image vidĂ©o et photographique, mais du contenu mĂȘme de l’image devant lui ; et cela grĂące Ă  la brume de pixels que s’installe dans l’image de ces appareils. Le film se prĂ©sente comme un documentaire retraçant la disparition de la jeune Alice Palmer, la postĂ©rieure apparition de son cadavre et la hantise produite par son fantĂŽme sur sa famille. La narration de ce faux-documentaire est une authentique poupĂ©e russe qui prend du sens Ă  travers les diffĂ©rents supports d’enregistrement de l’image avec lesquels le rĂ©alisateur nous raconte l’histoire – Il y a d’abord la camĂ©ra du documentaire, celle avec la plus grande dĂ©finition de celles utilisĂ©es dans le film. Elle nous montre les formes les plus conventionnelles, les plus professionnelles des entretiens, les parents se promenant lĂ  oĂč la fille est disparue et, le plus intĂ©ressant, les endroits oĂč d’autres appareils nous ont montrĂ© le fantĂŽme. Mais elle ne nous le montre pas. Lake Mungo, Joel Anderson, 2008. Photogramme. – Puis, il y a les photographies et les vidĂ©os rĂ©alisĂ©s par Mathew, le frĂšre de la disparue, ainsi qu’une photographie prise par un autre amateur. Ces images montrent le fantĂŽme d’Alice mais on apprendra plus tard dans le film qu’elles ont Ă©tĂ© truquĂ©es par Mathew en rĂ©ponse Ă  la douleur que la disparition de sa sƓur produisait dans la famille. Lake Mungo, Joel Anderson, 2008. Photogrammes. – Le troisiĂšme type de camera est celui qui enregistre la vidĂ©o d’un couple d’amateurs en vacances. Elle montre Mathew en train de truquer la premiĂšre photo sur laquelle sa sƓur Ă©tait apparue. C’est cette vidĂ©o qui dĂ©masque la faussetĂ© des images dont on parlait plus haut. Lake Mungo, Joel Anderson, 2008. Photogramme. – L’’apparition du voisin des Palmer dans un coin sombre d’une des vidĂ©os truquĂ©es par Mathew mĂšne Ă  la dĂ©couverte d’une cassette VHS que celui-ci tentait de voler dans la chambre d’Alice. Cette cassette contient une vidĂ©o amateur avec les rapports sexuels de la fille disparue avec les voisins. Lake Mungo, Joel Anderson, 2008. Photogrammes. – Les enregistrements vidĂ©o du parapsychologue dans ses entretiens avec la disparue et avec sa mĂšre. Lake Mungo, Joel Anderson, 2008. Photogramme. – Une vidĂ©o amateur, tournĂ©e quelques mois auparavant pendant les vacances de la disparue, oĂč on la voit enterrer un objet dans la terre pendant que ses amies font la fĂȘte. Lake Mungo, Joel Anderson, 2008. Photogramme. – La vidĂ©o du tĂ©lĂ©phone portable d’Alice, l’objet qu’elle avait enterrĂ©, qui montre l’apparition face Ă  la fille de son propre fantĂŽme avec l’apparence de son corps quand il sera sortie du lac quelques mois aprĂšs. Lake Mungo, Joel Anderson, 2008. Photogramme. Toutes les camĂ©ras ont une fonction rĂ©vĂ©latrice dans l’histoire toutes rĂ©vĂšlent un mystĂšre qui fait avancer l’enquĂȘte mais, quand il s’agit de rĂ©vĂ©ler la prĂ©sence des fantĂŽmes, ce sont seulement celles avec une plus petite qualitĂ© d’image qui se montrent capables de le faire – PremiĂšrement la camĂ©ra du tĂ©lĂ©phone portable d’Alice. Il s’agit d’un ancien modĂšle les faits sont situĂ©s en 2005 dont le rendu pendant la nuit est trĂšs pauvre en qualitĂ© mimĂ©tique. C’est la camĂ©ra avec la plus basse dĂ©finition de toutes celles qui apparaissent dans le film, c’est aussi la seule Ă  montrer le fantĂŽme dans le centre de l’image, en premier plan. Elle n’a pas besoin de le montrer dans un coin sombre comme le font les autres parce que toute l’image qu’elle produit est une zone d’ombre. Sa texture sale, fruit du manque d’information du manque de lumiĂšre sur le capteur, filtre la rĂ©alitĂ© tel un voile. Les figures floues, aux bords incertains, s’estompent dans le fond. Le fantĂŽme dĂ©borde de ses propres limites incertaines et devient hantise de l’image toute entiĂšre. – DeuxiĂšmement la camĂ©ra de Mathew ainsi que son appareil photo. Dans la narration s’il arrive Ă  fausser les images pour montrer le fantĂŽme de sa sƓur c’est parce qu’il travaille comme assistant d’un photographe professionnel. Mais c’est le manque de dĂ©finition dans les images qui facilite sa tĂąche. L’image jaunĂątre sĂ©pia et floue des vidĂ©os produit, encore, des zones d’ombre, non seulement dans le sens littĂ©ral du terme les coins sombres oĂč le fantĂŽme apparait mais aussi en tant que zone de passage entre rĂ©alitĂ© brute face Ă  l’objectif la lumiĂšre qu’il capte et les hallucinations de cette famille en deuil l’ombre qui plane dans la maison. DĂ©sireux de trouver le moindre signe de n’importe quel type de survivance de sa fille, l’imprĂ©cision de ces images devient un conducteur entre la rĂ©alitĂ© et le dĂ©lire la fiction. – TroisiĂšmement, toutes les autres camĂ©ras amateurs. Dans un dernier twist pendant le gĂ©nĂ©rique Ă  la fin du film, on revient sur des images qu’on croyait consommĂ©es pour les relire certaines images d’archive, ainsi que toutes celles oĂč l’on avait cru que le fantĂŽme Ă©tait faux une production du frĂšre, montrent le vrai fantĂŽme dans d’autres zones d’ombre oĂč on n’avait pas regardĂ© notre attention attirĂ©e par le faux. Ce n’est pas par hasard si, Ă  la fin du film, le rĂ©alisateur nous montre son fantĂŽme celui qui n’a pas une explication logique Ă  l’intĂ©rieur de la rĂ©alitĂ© diĂ©gĂ©tique, le vrai fantĂŽme du film dans les images que Mathew avait truquĂ©es en les mettant au mĂȘme niveau que les images d’archive, toutes fausses. De la mĂȘme maniĂšre que Mathew truque ces images pour faciliter le travail de deuil de ses parents, le rĂ©alisateur se sert de l’ambiguĂŻtĂ© de ces appareils de basse dĂ©finition pour amener le spectateur dans cette hallucination oĂč la jouissance passe par le sentiment de rĂ©alitĂ© n’oublions pas qu’il s’agit d’un faux-documentaire. Paradoxalement ou pas, pour fausser la rĂ©alitĂ© les appareils qui la copient moins fidĂšlement sont les plus effectifs. Lake Mungo, Joel Anderson, 2008. Photogrammes. La thĂšse plastique du film pourrait se rĂ©sumer ainsi plus basse est la qualitĂ© dĂ©finition de l’image, plus grande est son ouverture de sens, sa polysĂ©mie. La basse dĂ©finition permet de douter, l’image de haute dĂ©finition s’impose avec la tyrannie du sens unique. De par sa dĂ©finition, de par sa qualitĂ© Ă  copier plus fidĂšlement la rĂ©alitĂ©, la camĂ©ra du documentaire est aveuglĂ©e pour voir le fantĂŽme. Les camĂ©ras amateurs, par contre, de par le brouillard qui s’installe dans l’image, possĂšdent une capacitĂ© Ă  gĂ©nĂ©rer le mystĂšre propre au flou, Ă  l’incertain[3]. L’ouverture du sens de ce qui n’est pas achevĂ©, du manque de dĂ©finition. Plusieurs commentaires de spectateurs sur Internet font rĂ©fĂ©rence au fait que, contrairement Ă  d’autres films d’horreur, il n’y a pas dans Lake Mungo les alibis d’un jump scare de la surprise qui nous fait sauter du siĂšge ; et que pourtant une frayeur s’installe chez le spectateur tout au long du film. Ce sont ces zones d’ombres de la vidĂ©o de basse dĂ©finition qui permettent au fantĂŽme d’angoisser le spectateur sans bouger, il y en a assez avec le doute qui s’installe dans le manque d’information, dans l’ambiguĂŻtĂ© de la basse dĂ©finition. La qualitĂ© moindre permet des subtilitĂ©s dans la reprĂ©sentation que la HD ne permet pas. Elle permet au doute d’habiter l’image. Une image qui n’est plus l’image d’un fantĂŽme mais une image hantĂ©e par le fantĂŽme. [1] Tel que le raconte Pline l’Ancien dans le livre XXXV de son Histoire naturelle. [2] Il manque des informations, il n’y a pas assez de pixels, pas assez de dot per inch et, comme dans le brouillard, nous devons redoubler d’efforts pour ”voir” ». THÉLY Nicolas sous la direction de., Search Termes Basse DĂ©f., Paris, Éditions B42, 2012. p. 127. [3] l’expression Basse dĂ©finition nous a permis de dĂ©signer ce qui relĂšve de l’incertain, du trouble et plus prĂ©cisĂ©ment ce qui constitue la part indĂ©terminĂ©e de l’expĂ©rience Ă  l’époque de l’Internet. » THÉLY Nicolas sous la direction de., Search Termes Basse DĂ©f., op. cit. p. 7. Le dĂ©cor est une salle de jeux vidĂ©o vide. Le jeune Kawashima, une fois que sa partie est finie, se retourne pour se rendre compte qu’il est tout seul. Quand il se dirige vers le comptoir vide, une figure dont on n’aperçoit que sa silhouette noirĂątre parcourt l’arriĂšre-plan, puis une autre le premier plan. Jusque-lĂ  rien de trĂšs original pour un film de fantĂŽmes qui met en scĂšne des fantĂŽmes et qui d’ailleurs les a dĂ©jĂ  montrĂ©s prĂ©cĂ©demment dans le film. La solitude du personnage, les formes floues aperçues du coin de l’Ɠil, tout s’accorde Ă  des codes du cinĂ©ma d’horreur. La suite, par contre, nous propose une forme qui malgrĂ© sa simplicitĂ© ou Ă  cause d’elle est moins courante. Dans le plan suivant, la supposĂ©e silhouette du fantĂŽme celle aperçue du coin de l’Ɠil se rĂ©vĂšle alors comme son vĂ©ritable aspect une ombre noire se tenant debout au milieu de la salle. Pas de visage, pas des traits l’anonymat le plus absolu, rien qu’une figure humaine noire et plate aux contours flous. Kawashima se trouve face Ă  l’absence en elle-mĂȘme, au manque du personnage, au manque d’image. KaĂŻro, Kiyoshi Kurosawa, 2001. Photogrammes. Cette scĂšne appartient au film KaĂŻro de Kiyoshi Kurosawa 2001. Il y a quelque chose d’extrĂȘmement intĂ©ressant dans la rĂ©ponse plastique du rĂ©alisateur Ă  la question que reste-t-il de l’image d’un corps si on enlĂšve le corps ? » question premiĂšre pour reprĂ©senter la figure du fantĂŽme. À ce stade du film[1] Kiyoshi Kurosawa rĂ©pond par le rien il n’en reste rien, seulement le trou signifiant son absence. Le fantĂŽme est figurĂ© de la maniĂšre la plus simple et la plus crue possible par le trou. Le corps qui n’est plus prĂ©sent, laisse aux yeux des vivants une tĂąche noire, le trou de son absence. Ni maquillage, ni transparence, rien de tout cela. Rien de rien. Et pourtant, cette reprĂ©sentation est chargĂ©e de significations sur le sentiment de deuil, l’espace physique et mental laissĂ© par le corps absent. Dans le film, cette reprĂ©sentation ne parle pas directement du deuil d’une personne concrĂšte ce fantĂŽme-ci que ni le spectateur ni Kawashima ne connaissaient de son vivant, mais tout le film parle de la disparition inĂ©vitable des ĂȘtres chers, de soi-mĂȘme et de la civilisation. En tant que forme plastique pour reprĂ©senter ce deuil, ce fantĂŽme-trou arrive Ă  le montrer avec la prĂ©cision de la simplicitĂ©. Cette figure troue la rĂ©alitĂ© diĂ©gĂ©tique du film celle oĂč le personnage de Kawashima existe mais elle troue aussi l’image face Ă  cette scĂšne le spectateur ne perçoit pas un ajout dans l’image incrustation qui est, d’ailleurs, Ă  l’origine de la forme mais une soustraction une partie de l’image manque, elle est disparue avec le personnage fantomisĂ©. Forme extrĂȘme de la hantise du fantĂŽme, aucun autre personnage ne peut occuper cette place parce que c’est l’image en elle-mĂȘme qui est disparue. Le fantĂŽme est un vĂ©ritable trou-noir qui avale l’image du film. GĂ©nĂ©rique The Leftovers saisons 2 et 3, Damond Lindelof, Tom Perrota, 2014-2017. Capture. En changeant de continent du Japon aux États-Unis, d’époque 13 ans plus tard et de format audiovisuel du cinĂ©ma Ă  la tĂ©lĂ©vision, on retrouve une forme proche de ce fantĂŽme dans le gĂ©nĂ©rique des saisons 2 et 3 de The Leftovers Damond Lindelof, Tom perrota, 2014-2017. Dans cette sĂ©rie, 2% de la population mondiale disparaĂźt d’un instant Ă  l’autre sans aucune raison apparente. À partir de ce point de dĂ©part se dĂ©veloppe une narration autour de l’acceptation de la disparition des ĂȘtres proches peu importe finalement la raison qu’on ne connaitra jamais vraiment[2]. À la diffĂ©rence du film de Kurosawa, la sĂ©rie n’est pas centrĂ©e sur les fantĂŽmes mĂȘme s’il y en a quelques-uns mais la prĂ©sence des disparus est lourde et dirige les actions des personnages plus que le fantĂŽme le plus terrifiant d’un film d’horreur. Le changement de gĂ©nĂ©rique de la premiĂšre saison[3] Ă  celui de la deuxiĂšme et troisiĂšme[4] est significatif. Celui de la premiĂšre saison est une animation au style de la peinture de la Renaissance oĂč on voit des gens s’envoler sans que les autres ne puissent rien faire ; dans celui de la deuxiĂšme et troisiĂšme on voit dĂ©filer des photos complĂštement banales desquelles on a arrachĂ© certains des personnages. GĂ©nĂ©rique The Leftovers saisons 1 -haut- et 2, 3 – bas-, Damond Lindelof, Tom Perrota, 2014-2017. Captures. Ce changement de gĂ©nĂ©rique n’est pas sans rapport avec la narration. Dans le dĂ©but de la sĂ©rie l’intĂ©rĂȘt semble portĂ© sur le pourquoi de cette disparition, de lĂ  le gĂ©nĂ©rique montrant une allĂ©gorie de cet instant-mĂȘme, reprĂ©sentation grandiloquente et chargĂ©e de mysticisme faisant penser Ă  la chapelle Sixtine. Par contre, de par le dĂ©veloppement de la narration, on comprend que ce pourquoi n’est qu’une accroche pour parler de quelque chose de beaucoup plus commun le deuil. Le gĂ©nĂ©rique devient alors plus trivial, une photo de famille avec un trou on ne s’intĂ©resse plus au pourquoi de la disparition mais au creux laissĂ© par celle-ci. Les disparus ne sont plus des hĂ©ros ou des saints mais tout simplement du vide. Ces belles images qui pourraient appartenir Ă  la publicitĂ© d’un appareil photo deviennent, avec le manque du personnage, Ă©tranges et mĂ©lancoliques. Elles font penser en mĂȘme temps Ă  un personnage arrachĂ© d’une photo passĂ© et Ă  des images qui n’existeront jamais futur, car la personne qui devait y ĂȘtre a Ă©tĂ© arrachĂ©e de la rĂ©alitĂ©. À la diffĂ©rence de KaĂŻro, dont on a parlĂ© plus haut, ici le trou n’est pas noir, il est rempli d’autres images un ciel par-ci, une forĂȘt par-lĂ  mais il renvoie Ă©galement au vide, Ă  l’absence totale d’ĂȘtre humain. Le trou devient le centre de l’attention, l’absence est si lourde qu’elle absorbe le reste de l’image. Le deuil s’installe au milieu des images archĂ©typales du bonheur. Haut KaĂŻro, Kiyoshi Kurosawa, 2001. GĂ©nĂ©rique The Leftovers saisons 2 et 3, Damond Lindelof, Tom Perrota, 2014-2017. Capture. Il s’agit dans les deux cas, KaĂŻro et The Leftovers de donner une forme plastique Ă  la disparition, produire une image pour reprĂ©senter le corps absent dĂ©funt ou disparu, il n’est plus lĂ . Et les deux rĂ©ponses se ressemblent chacune se base sur les particularitĂ©s de sa narration aucune de ces productions n’est canonique du film de fantĂŽmes ni de la science-fiction, les deux rĂ©pondent Ă  cette absence par le creux, car le corps absent laisse une place vide dans l’espace mais l’ĂȘtre absent gĂ©nĂšre un trou dans la rĂ©alitĂ©, non pas seulement un espace vide mais un manque. RĂ©ponses plastiques Ă  la fois simples et extrĂȘmement efficaces. [1] On apprendra plus tard dans le film que cette forme est Ă  un stade intermĂ©diaire du fantĂŽme en train de se recrĂ©er une image, de revenir. [2] A la fin de la troisiĂšme saison le personnage de Nora donne une explication sur la disparition mais le spectateur ne peut pas savoir si c’est la vĂ©ritable explication ou si elle est inventĂ©e par ce personnage. [3] CrĂ©e par Garson Yu. [4] CrĂ©e par Agnus Wall. PĂ©nĂ©trant dans une obscuritĂ© totale, des voix non identifiables, procĂ©dant de loin, se superposent remplissant l’espace. Une figure humaine en noir et blanc Ă©merge lentement sur un des murs de la salle. Elle est marquĂ©e par un certain niveau de flou, par le bruit visuel caractĂ©ristique de la vidĂ©o analogique et par un halo qui semble gĂ©nĂ©rĂ© par la superposition des images dans le flux du mouvement. De l’obscuritĂ© totale Ă  la lumiĂšre aveuglante le corps est visible pendant un instant, puis il disparaĂźt ainsi que la lumiĂšre. La mĂȘme scĂšne se rĂ©pĂšte avec des figures diffĂ©rentes. Tiny Deaths, Bill Viola, 1993. 3 vidĂ©oprojections, noir et blanc, son, 28 min, 30 min, 32 min. Dimensions variables. Vues de l’installation Ă  la Tate Modern, Londres, 2014. D’oĂč sortent-ils ces fantĂŽmes ? Il s’agit de trois projections une sur chaque mur faisant apparaitre les diffĂ©rents figures face au spectateur et d’un systĂšme audio donnant Ă  Ă©couter leurs voix lointaines. C’est l’installation Tiny Deaths de Bill Viola 1993. D’autres exemples de motifs fantomatiques plus ou moins explicites ne manquent pas dans l’Ɠuvre de cet artiste, mais ce qui est intĂ©ressant dans cette piĂšce c’est la genĂšse de ces figures et la relation de celles-ci avec leur apparence d’oĂč sortent-ils ces fantĂŽmes ? Pour obtenir ces images, Bill Viola s’approprie un dĂ©faut des anciennes camĂ©ras vidĂ©o Ă  tube noir et blanc avec une lumiĂšre trop intense, l’image garde une rĂ©manence et tarde Ă  s’effacer du tube. Les fantĂŽmes n’apparaissent pas simplement grĂące Ă  une manipulation de l’artiste sur la vidĂ©o enregistrĂ©e postproduction, c’est la technologie qui les gĂ©nĂšre. Les figures que Viola nous prĂ©sente ne sont pas des reprĂ©sentations fictionnelles des fantĂŽmes mais, en quelque sorte, de vrais fantĂŽmes des traces de lumiĂšre qui rĂ©sistent Ă  leur effacement. Dans ce sens, suivons la mĂ©taphore que le personnage de Dick Hallorann donne Ă  Danny dans le film The Shining pour lui expliquer la prĂ©sence de fantĂŽmes dans l’hĂŽtel Quand quelque chose se produit, ça peut laisser comme un sillage, comme lorsque quelqu’un laisse brĂ»ler un toast. Peut-ĂȘtre certains Ă©vĂ©nements passĂ©s laissent-ils d’autres sortes de traces. »[1] C’est ce que l’excĂšs de lumiĂšre produit sur le tube cathodique dans la piĂšce de Viola comme les fantĂŽmes de l’hĂŽtel Overlook, la lumiĂšre laisse une trace qui rĂ©siste Ă  leur disparition. Loin d’ĂȘtre une simple anecdote sur sa production, l’image rĂ©sultant dans Tiny Deaths est marquĂ©e par les caractĂ©ristiques de la technologie utilisĂ©e 1 le bruit de l’image, produit par la rĂ©ponse de la vidĂ©o analogique Ă  l’éclairage de Viola ; 2 le halo produit par la superposition des images de par la rĂ©sistance de la lumiĂšre Ă  s’effacer du tube cathodique. La sensibilitĂ© de l’appareil sa maniĂšre de voir[2] produit une forme fantomale qui garde en elle les traces de sa genĂšse, elle est Ă  l’origine de l’apparence des fantĂŽmes. Et si l’on parle de la figure du fantĂŽme, au moins du point de vue des arts plastiques mais pas seulement, son apparence » est fondamentale reprĂ©senter un fantĂŽme c’est inventer une forme pour ce qui n’as plus de forme, matĂ©rialiser ce qui n’a plus de corps[3]. Ici cette forme est construite Ă  travers des signes propres Ă  la technologie vidĂ©o. Dans la piĂšce le fantĂŽme n’est pas seulement un produit audiovisuel une installation vidĂ©o mais il est produit par l’audiovisuel il est le rĂ©sultat de la technique d’enregistrement et de la nouvelle sensibilitĂ© diffĂ©rente Ă  celle de l’humain qu’elle produit. Sa prĂ©sence n’est pas lisible sans lire la technologie, mĂȘme si on ne connaĂźt pas la genĂšse des images qui peut parfaitement ĂȘtre ignorĂ©e par le spectateur. On pourrait nuancer cette rĂ©flexion en disant que cette forme n’est pas tant le choix de l’auteur que le fruit de la technologie de l’époque, et que, la lecture de sa texture comme fortement marquĂ©e par la vidĂ©o est propre d’une vision de 2019 et non de la vision des spectateurs de 1993. Il est indĂ©niable que la vision du spectateur contemporain celui qui a pu voir l’installation Ă  Londres en 2014, habituĂ© Ă  l’ultra HD est plus frappĂ©e par la texture de la piĂšce que celle du spectateur original. Mais il ne faut pas oublier que Viola travaille avec une technologie qui Ă©tait dĂ©jĂ  obsolĂšte Ă  l’époque et qu’il la pousse dans ses capacitĂ©s sensibles afin d’obtenir cette apparence. En plus, d’autres piĂšces ultĂ©rieures de cet artiste comme Unspoken – Silver & Gold 2001 attestent bien de son intĂ©rĂȘt pour l’exploration de la texture propre Ă  la vidĂ©o associĂ©e Ă  des formes d’apparitions fantomatiques. PrĂ©occupations qui, comme on va le voir, rejoignent des formes du cinĂ©ma d’horreur de la fin du XXe siĂšcle et le dĂ©but du XXIe. Unspoken – Silver & Gold, Bill Viola, 2001. VidĂ©oprojection sur panneaux dorĂ© et argentĂ©, noir et blanc, boucle. 2 panneaux de 62,3 cm x 193,1 cm. Vues de l’installation au Museo de Arte Abstracto Español, Cuenca, 2019. Il n’est pas exagĂ©rĂ© de dire que la figure de Sadako/Samara, le fantĂŽme sortant du tĂ©lĂ©viseur Ă  la fin du film Ring Ringu, Hideo Nakata, 1998 et de son remake amĂ©ricain The Ring, Gore Verbinski, 2002, est devenue une des images les plus iconiques du cinĂ©ma d’horreur contemporain, si ce n’est la plus iconique. On va s’intĂ©resser ici au remake amĂ©ricain car il contient une diffĂ©rence avec le film original japonais qui le rapproche de la piĂšce de Viola quand Samara sort de la tĂ©lĂ©vision elle garde la texture de la vidĂ©o analogique qui est censĂ©e la contenir[4]. The Ring, Gore Verbinski, 2002. Photogrammes. Samara traverse l’écran tĂ©lĂ© mais, au lieu de se faire chair, d’ĂȘtre reprĂ©sentĂ©e dans le monde rĂ©el du film avec la matĂ©rialitĂ© de celui-ci comme dans le film japonais, le corps de la fille garde la texture de la vidĂ©o analogique en noir et blanc, marquĂ©e par la trame de lignes et soumise Ă  des problĂšmes de tracking[5]. Elle avance dans la salle, au travers de sauts dans l’image, gĂ©nĂ©rant un trouble entre l’image nette et continue de l’espace qui l’entoure et son apparence fantomatique. La texture de la vidĂ©o analogique signale visuellement la diffĂ©rence entre le fantĂŽme et le vivant. Samara et les fantĂŽmes de Tiny Deaths quittent les formats les contenant pour se matĂ©rialiser dans le rĂ©el les uns sous forme de projection dans une salle, l’autre Ă  l’intĂ©rieur d’une fiction cinĂ©matographique. L’apparence de la vidĂ©o analogique est la forme dans laquelle la reprĂ©sentation du fantĂŽme se matĂ©rialise. Il est curieux de voir comment, mĂȘme si le film original japonais ne possĂšde pas cet effet, la texture de la vidĂ©o analogique marque l’apparence du fantĂŽme dans les premiers films de ce qu’on appelle la J-horror[6]. Cela est dĂ» aux premiers films de cette vague des productions tournĂ©es en vidĂ©o et destinĂ©es Ă  la reproduction domestique et non pas dans des salles de cinĂ©ma, qui eut Ă  cette Ă©poque fin des annĂ©es 1980 un grand essor au Japon. La texture propre du matĂ©riel Ă  disposition des rĂ©alisateurs induit une forme propre aux fantĂŽmes reprĂ©sentĂ©s[7]. Psychic Vision Jaganrei, Chiaki J. Konaka, 1988. Capture. Ce qui n’est pas, Ă  la base, un choix stylistique mais Ă©conomique devient une forme plastique qui dĂ©passe l’utilisation du dit-matĂ©riel. En effet, dans la scĂšne de The Ring dont on parlait plus haut, la texture de Samara est le fruit d’un traitement numĂ©rique, c’est-Ă -dire, qu’une technologie plus avancĂ©e est utilisĂ©e pour mimer les dĂ©fauts d’une technologie qui, Ă  la base, n’était utilisĂ©e qu’à cause de son coĂ»t faible. Il est vrai que dans le film de Verbinski cette apparence est justifiĂ©e par la prĂ©sence de la cassette VHS centrale dans le scĂ©nario mais, elle Ă©tait aussi prĂ©sente dans le film original japonais et pourtant l’apparence vidĂ©o n’existait pas. Que ce soit pour des raisons Ă©conomiques, scĂ©naristiques ou esthĂ©tiques, et sans pouvoir cerner clairement la frontiĂšre entre les unes et les autres dans les choix des crĂ©ateurs, la figure du fantĂŽme trouve dans la vidĂ©o analogique une forme de reprĂ©sentation nouvelle. La vidĂ©o analogique aura non seulement Ă©tĂ© fantomatique du fait d’enregistrer les Ă©vĂ©nements comme lorsque quelqu’un laisse brĂ»ler un toast » pour cela le cinĂ©ma Ă©tait dĂ©jĂ  fantomatique avant, mais elle aura apportĂ© au fantĂŽme une forme, une nouvelle apparence qui s’ajoute au rĂ©pertoire de formes possibles. Des productions rĂ©centes comme Ghost Wars rendent bien compte, sans l’embrasser complĂštement, de la maniĂšre dont ce type de reprĂ©sentation du fantĂŽme a Ă©tĂ© marquante. Comme les dĂ©fauts produisant les effets de surimpression Ă  l’origine de la photographie spirite, la texture propre Ă  la vidĂ©o analogique considĂ©rĂ©e dĂ©ficitaire de qualitĂ© par rapport au cinĂ©ma ou Ă  la vidĂ©o numĂ©rique actuelle est Ă  l’origine d’un renouvellement dans la reprĂ©sentation du fantĂŽme. Un renouvellement qui dĂ©passe l’utilisation de la dite-technologie et introduit cette forme dans d’autres technologies, dans d’autres langages. Post-Apocalypse Now Ghost Wars 1 x 09, Simon Barry, 2017-2018. Capture. Il est temps peut-ĂȘtre de se demander si la vidĂ©o numĂ©rique n’est pas capable de produire des formes fantomatiques propres sans besoin de copier celle produites par d’autres formats ; ou d’aller les chercher si elles se sont dĂ©jĂ  produites. [1] Hallorann Scatman Crothers dans Shining Stanley Kubrick, 1980. [Doublage français.] [2] La technique permet des enregistrements selon des formes de sensibilitĂ© qui ne sont pas celles de l’esprit humain, mais qui recĂšlent des spatio-temporalitĂ©s spĂ©cifiques. Ainsi une camĂ©ra ne voit-elle pas comme des yeux, ainsi un magnĂ©tophone n’entend-t-il pas comme des oreilles. » HUYGHE Pierre-Damien, Le CinĂ©ma avant aprĂšs, Grenoble, De L’incidence Éditeur, 2012. p. 106. [3] [
] pour apparaĂźtre, le fantĂŽme doit se faire image, prendre une apparence pour inventer un corps d’absence de corps, un corps vacillant dans sa prĂ©sence mĂȘme, un corps d’apparition contrariĂ©e. » RONGIER SĂ©bastien, ThĂ©orie des fantĂŽmes, Paris, Les Belles lettres, 2016. p. 12. [4] Dans le film, l’apparition de Samara est liĂ©e Ă  la malĂ©diction produite suite au visionnage d’une cassette VHS. [5] Le tracking est le RĂ©glage, sur un magnĂ©toscope, du mouvement de la bande magnĂ©tique, de telle sorte que la tĂȘte de lecture suive bien les pistes. » [Tracking. Dans Dictionnaire Larousse en ligne. URL Son disfonctionnement peut produire une instabilitĂ© dans les lignes formant l’image ou l’inversion du haut et du bas de celle-ci. [6] J-horror est un terme inventĂ© par les journalistes pour dĂ©signer une vague de cinĂ©astes qui renouvellent le cinĂ©ma d’horreur japonais Ă  partir de 1988 Chiaki J. Konaka Psychic Vision Jaganrei, 1988 Norio Tsuruta Scary True Stories, 1991, Hideo Nakata Ghost Actress, 1996 ; Ringu, 1998, Kiyoshi Kurosawa KaĂŻro, 2001, Takashi Shimizu Ju-on, 2002 etc. Les remakes amĂ©ricains feront de ce mouvement spontanĂ© un phĂ©nomĂšne mondial. [7] L’économie Ă©vidente de tourner les Scary True Stories en vidĂ©o avait induit, de fait, une nouvelle texture d’image, dont le lissĂ© et la dĂ©finition ne pouvaient que dĂ©ranger dans les annĂ©es 1990. » DU MESNILDOT SthĂ©pane, FantĂŽmes du cinĂ©ma japonais, Rouge Profond, Pertuis, 79. Ce carnet a pour but d’accompagner le processus d’écriture de ma thĂšse en Arts Plastiques Figurer le corps absent. Hanter l’espace avec des fantĂŽmes virtuels. Il s’agira notamment de partager les axes principaux de ma recherche ; ainsi que d’établir une analyse autour des piĂšces d’art, expositions, piĂšces de théùtre ou films. Ma recherche thĂ©orique et plastique se structure sur deux axes principaux La reprĂ©sentation du corps absent penser plastiquement le fantĂŽme me permet d’interroger la reprĂ©sentation de ce qui n’a pas de substance, la figuration de ce qui n’est pas matĂ©riel. Quelle forme plastique donner Ă  l’absence d’un corps ? Cela se nourrit d’une recherche sur la reprĂ©sentation du fantĂŽme de la peinture Ă  la photographie spirite et de la fantasmagorie Ă  l’installation vidĂ©o, notamment dans la fiction audiovisuelle oĂč le fantĂŽme peut ĂȘtre reprĂ©sentĂ© aujourd’hui par le simple bug d’une camĂ©ra. La hantise virtuelle de l’espace la maniĂšre dont la projection peut s’intĂ©grer dans l’espace parcouru par le spectateur le hanter. Il s’agit d’une recherche autour des surfaces de projection, des conditions d’apparition
 De la lanterne magique Ă  la projection vidĂ©o, la technique a rendu de plus en plus simple et effective l’insertion des figures virtuelles dans le rĂ©el, des figures qui se manifestent au spectateur sans la mĂ©diation d’aucune interface. Un dĂ©cor maison hantĂ©e est une idĂ©e parfaite pour semer la terreur auprĂšs de vos faisant de votre demeure une maison hantĂ©e, vous mettez en place une dĂ©coration Ă  l’image de la fĂȘte d’Halloween. Voici comment rĂ©aliser une dĂ©coration maison hantĂ©e rĂ©ussie. Un jardin effrayant Une dĂ©coration maison hantĂ©e commence par le jardin. Faites de votre espace extĂ©rieur un lieu disposant d’une dĂ©coration effrayante. Vous devez faire en sorte que vos invitĂ©s se mettent dans l’ambiance de la maison hantĂ©e dĂšs qu’ils se trouvent dans le jardin. Pour ce faire, il vous faut des pierres tombales que vous devez placer le long de votre gazon. Aux alentours des pierres tombales disperser des feuilles mortes que la dĂ©coration soit la plus rĂ©aliste terrifier vos amis, vous pouvez mĂȘme ajouter leur nom sur les pierres tombales. Illuminez avec des lanternes Ă  bougie les pierres tombales la nuit. La dĂ©coration de la maison À l’intĂ©rieur, faites que vos invitĂ©s s’immergent complĂštement dans l’atmosphĂšre maison hantĂ©e. Recouvrez votre canapĂ© et vos fauteuils avec des draps blancs qui donnent l’impression que la maison Ă©tait laissĂ©e Ă  l’abandon depuis longtemps. Pour fabriquer une maison hantĂ©e, vous avez besoin de toile d’araignĂ©e. Vous devez les placĂ©s un peu partout dans la maison, dans l’ouverture des portes, dans les coins de la maison, sur les lampes suspendues, etc. DĂ©posez sur votre commode des rĂ©cipients contenant de faux des rubans d’avertissement sur les portes pour donner l’impression qu’il s’agit de piĂšces oĂč il n’est pas bon de se trouver. Les touches personnelles Pour une maison hantĂ©e rĂ©ussie, il faut un peu de touches personnelles. Dans les maisons hantĂ©es, il y a souvent des fantĂŽmes. N’hĂ©sitez pas Ă  complĂ©ter par des fantĂŽmes votre dĂ©coration. Suspendez un fantĂŽme de grande taille dans un coin de votre piĂšce. Sur la table, des petits fantĂŽmes suffisent. Les citrouilles trouvent aussi leur place dans une maison hantĂ©e ainsi que les chauves-souris. Il suffit de les illuminer pour apporter une ambiance pouvez aussi ajouter des guirlandes. Vous ne devez pas oublier de jouer avec l’éclairage pour fabriquer votre maison hantĂ©e. Votre intĂ©rieur doit ĂȘtre sombre et lĂ©gĂšrement Ă©clairĂ©. Recouvrez avec des toiles d’araignĂ©es les luminaires pour un dĂ©co sublime. ComplĂ©tĂ©s avec des objets de sorciĂšres disposĂ©s un peu partout dans la maison ou sur la table Ă  manger votre dĂ©coration maison hantĂ©e. Toutes les rĂ©ponses ✅ octaviaaaaaaBonjour c'est un linceul. ✅ wendylo1825Bonjour, Un fantĂŽme est Ă  priori un individu qui fait peur,le drap blanc fait rĂ©fĂ©rence aux morts, c'est un linceul d'oĂč extrĂȘme frayeur des fantĂŽmes... ✅ thierry36Bonjour, Il s'agit d'un linceul. ✅ marinerenonCoucou !On parle d'un suaire. ✅ stc90bonsoir,houla un vers de 20 syllabes n'existe pas.. ✅ andreadubai500Il et beau grand un regard manifique quand il me regard ou il me pzrle de suis tout timide ✅ mfakkerkamalC’est pas mes vacances miss 5 astuces pour nettoyer les taches jaunes Le blanc est LA couleur mode de l’étĂ© ! Malheureusement, les taches sur le linge blanc sont difficiles Ă  nettoyer surtout si elles sont dues Ă  l’humiditĂ©, Ă  la transpiration ou encore Ă  la rouille. Ces derniĂšres laissent des traces jaunes trĂšs souvent difficiles Ă  faire disparaĂźtre. Mais ne vous inquiĂ©tez pas, il existe des procĂ©dĂ©s efficaces pour y remedier. Alors si vous voulez vous dĂ©barrasser de ces vilaines taches sur vos textiles suivez nos 5 astuces ! 1. Ammoniaque L’ammoniaque s’avĂšre ĂȘtre une substance trĂšs efficace contre le jaunissement du linge. Pour cela, il vous suffit Ă  l’aide d’un chiffon imprĂ©gnĂ© d’ammoniaque diluĂ©, de tamponner les taches jaunes sur votre vĂȘtement et de laisser agir quelques minutes. En rinçant votre vĂȘtement vous remarquerez que la tache aura comme par miracle complĂ©tement disparue. de Marseille + Citron Si vous n’avez pas d’ammoniaque Ă  portĂ©e de main, le savon de Marseille et le citron peuvent Ă©galement vous sauver. Comment ça marche ? C’est trĂšs simple, frottez les taches jaunes de votre linge avec du savon de Marseille Ă  peine humide. Laissez agir environ 1h puis imprĂ©gnez la tache avec du jus de citron et enfin rincez. La tache jaune devrait avoir complĂ©tement disparue. de soude Si les taches ou les aurĂ©oles s’accrochent et persistent, nous vous suggĂ©rons d’appliquer sur les taches jaune une pĂąte formĂ©e de bicarbonate de soude et d’un peu d’eau. Laissez agir le mĂ©lange environ 1 heure sur les traces, puis rincez. Et pour plus d’efficacitĂ©, vous pouvez rĂ©aliser cette mĂȘme opĂ©ration en ajoutant du citron, du sel fin et de l’amidon en poudre. en poudre Nous faisons souvent l’erreur de mettre les vĂȘtements contenant des taches jaunes directement en machine. Pourtant, avant d’entamer cette Ă©tape, il est recommandĂ©, de procĂ©der Ă  un nettoyage local. Pour cela, il vous suffit de frotter la tache jaune humidifiĂ©e d’eau avec un peu de lessive en poudre. oxygĂ©nĂ©e Si le vĂȘtement tachĂ© est en coton, nous vous conseillons, dans ce cas, de privilĂ©gier cette derniĂšre astuce Ă  l’aide d’un chiffon imbibĂ© d’eau oxygĂ©nĂ©e frottez la tache puis rincez. C’est simple, rapide et efficace ! DĂ©sormais, grĂące Ă  ces astuces vous pourrez de nouveau porter vos vĂȘtements blancs et profiter comme il se doit de votre Ă©tĂ©. Et vous, connaissez-vous d’autres astuces pour enlever les taches jaunes sur les vĂȘtements blancs ? Partagez-les avec nous dans les commentaires. On a hĂąte de vous lire ! Comment enlever une tache jaune sur du linge blanc ? 538 votes

comment faire un fantome avec un drap blanc